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Comment l'Europe a perdu son leadership dans le domaine du mobile

Cette semaine se tient, à Barcelone, le Mobile World Congress, la plus grande foire consacrée, dans le monde, au téléphone mobile. Equipementiers, fournisseurs de services, fabricants sous-traitants, opérateurs télécoms, centres de R&D… La famille planétaire du cellulaire est entièrement réunie.

Voici dix ans, quand l'événement se tenait à Cannes, les stars de l'événement s'appelaient Siemens, Alcatel, Nokia ou Ericsson…

La mobilophonie était une affaire européenne, alors. La norme GSM avait été inventée sur le Vieux continent. Elle s'était ensuite répandue sur les cinq continents… Les groupes européens avaient ainsi pris la tête de cette immense industrie naissante…

Les Européens effacés par les Américains et les groupes asiatiques

Dix ans plus tard, le paysage de la mobilophonie européenne s'est terni.

Siemens a vendu sa division téléphones portables au Chinois BenQ (lequel l'a mise en faillite un an plus tard).

Alcatel a fusionné avec l'Américain Lucent. Le mariage est peu convaincant jusqu'ici.

Ericsson conserve une position forte dans les réseaux, mais a fusionné son département combinés portables avec le Japonais Sony. Ensemble, ils ont formé SonyEricsson.

De la bande européenne, seul Nokia garde quelques beaux restes.

La firme Finlandaise domine toujours le marché mondial du téléphone portable. Mais si la croissance dans les pays émergents reste intense, Nokia s'essouffle dans les pays développés et dans le segment des smartphones. Quant à la division réseaux de Nokia, regroupée avec Siemens, elle est déficitaire

Un renversement en quelques années à peine…

En 2010, les héros du Mobile Congress de Barcelone ont pour nom Google, Apple, HTC (Taïwan), Blackberry, Samsung, LG,…

Le retournement de situation est pour le moins spectaculaire. Il s'est pourtant produit en quelques années, à peine…

Les raisons de ce tassement sont sans doute multiples.

Le péché d'orgueil, d'abord…Première erreur

Les équipementiers européens ont surestimé leur position dominante en misant sur leur avance technologique plus que sur la qualité des services et la pertinence des usages.

Ainsi, ils ont convaincu les opérateurs télécoms de s'engager dans la surenchère technologique.

En poussant leurs clients à se saigner aux quatre veines pour acquérir des licences UMTS, au début des années 2000, les Siemens, Ericsson, Alcatel et autres ont asphyxié financièrement les opérateurs télécoms.

Ces derniers ont mis trois à quatre ans pour s'en remettre.

Trois ou quatre ans… une éternité dans l'économie moderne. Ceci est la deuxième erreur : les Européens n'ont pas anticipé la maîtrise technologique grandissante de constructeurs asiatiques, taïwanais ou chinois, notamment. En très peu de temps, ces derniers, comme HTC, sont passés du statut de sous-traitant à celui de constructeur final.

Troisième erreur (conjointe des équipementiers et des opérateurs télécoms européens, cette fois) : la difficulté de s'ouvrir à des tiers et de respecter le besoin exprimé par l'utilisateur final.

Comme le rappelle cet article de The Observer, les opérateurs télécoms ont tout fait pour empêcher l'accès ouvert à internet via le mobile.

C'est ce que demandait pourtant les usagers.

Les opérateurs mobiles se sont enlisés dans  l'illusion qu'ils pourraient à jamais enfermer leurs utilisateurs sur leurs propres portails de contenu (à l'instar de Vodafone Life). Il  n'y a donc jamais eu de réel incitant pour les fabricants de téléphones portables de commercialiser des combinés mobiles permettant une navigation libre et conviviale sur le net, adaptée au monde nomade ainsi que le développement de nouveaux modèles économiques ad hoc.

La technologie européenne contournée

On connaît la suite.

Le Canadien Blackberry s'est engouffré dans la brèche des smartphones.

Surtout, l'Américain Apple et sont iPhone ont bouleversé le monde de l'internet mobile avec un appareil offrant un usage totalement différent, bien plus conforme aux aspirations de individus.

Enfin, avec le nouveau Nexus, Google est entré également dans la danse du téléphone portable. Le moteur de recherche, par ailleurs, avec son système Androïd, est en train de remporter la bataille des systèmes opérationnels sur les réseaux mobiles.

Il s'agit d'un camouflet supplémentaire pour le système européen Symbian, défendu jusqu'ici par Nokia…

De nouveaux acteurs peuvent balayer le paradigme d'un secteur en quelques mois…

Qui aurait crû, en 2005, que Google et Apple, cinq ans plus tard, battraient la mesure de l'évolution du secteur du mobile ?

Qui aurait imaginé qu'en 2010, Nokia souquerait pour garder son mot à dire ?

Les Européens ont manqué le virage de l'internet mobile…

Le marché du mobile était une  affaire européenne. Désormais, les grandes tendances sont fixées en Californie et en Extrême-Orient.

L'épisode est tristement riche d'enseignements pour toute entreprise européenne. Retenons quatre faux pas principaux :

  • Sous-estimer le pouvoir d'innovation des entreprises à l'autre bout du monde
  • Sur-estimer la résistance de la position des acteurs historiques et des modèles économiques à l'oeuvre dans son secteur
  • Ne pas être à l'écoute des demandes de ses clients finaux
  • Miser seulement sur la technologie, en ignorant la dimension service

Les industriels européens du mobile ont commis les quatre. Celles-ci leur ont coûté leur avance… et, sans doute, une partie de leur croissance future…

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Publication le 15/02/2010 18:05:16

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